Mad – Présentation

Yop,

C’est compliqué parfois de trouver un bon angle d’approche pour un article. J’ai longtemps hésité, j’ai beaucoup (trop) de brouillons qui ont été créés, et pas tous sauvegardés. Au final, ce que je fais le plus facilement, c’est donner mon ressenti. Je ne sais pas si c’est la bonne façon, mais c’est la mienne. Je tiens à vous présenter mes excuses si vous n’arrivez pas à suivre.

Mais que vient faire ton ressenti dans cette histoire ? On te demande de nous expliquer ce qu’est la transidentité.

Bah justement ça tombe bien, j’ai une histoire à raconter.

C’est l’histoire d’une jeune femme de 21 ans qui s’apprête à passer des concours d’ingénieur pour la deuxième fois. Elle va assez mal : depuis trois ans elle se démène pour régler ses problèmes familiaux, son manque de travail, un mal-être quasi constant qui l’habite. Comme à peu près tous les soirs, au lieu de bosser, elle mange devant son ordi, regardant des vidéos, allant des épisodes de One Piece aux Let’s Play de BobLennon sur Skyrim, en passant par des musiques. Et puis elle lit des posts sur un forum sur lequel elle s’est inscrite, rempli de gens adorables, auprès de qui elle a appris beaucoup de choses sur les causes LGBT+ et féministes.

Et soudain, ce soir-là, elle décide de se renseigner sur la transidentité, savoir ce que sont les différents termes « transgenre », « transsexuel », « travesti », quelle relation entre ces termes, que peut-on dire ou pas. La motivation principale est de comprendre un peu mieux Yuffy, une des membres du forum, qui a depuis ouvert sa chaîne YouTube, et le déclencheur est un lien vers une vidéo de Stef Sanjati. Alors la jeune femme regarde la vidéo, et assez vite elle est hypnotisée par Stef. Elle découvre la notion de cispassing. Elle comprend que quand elle était petite, et qu’elle s’était posé la question « Un trans, c’est un homme ou une femme ? », elle sous-entendait « Ces personnes ont quoi entre les jambes ? », et elle comprend que ces questions sont futiles et inintéressantes. Elle comprend que si une personne dit être une femme, alors il n’y a pas de raison de contester, même si elle a une « apparence masculine ». En résumé, elle comprend que le genre et le sexe sont deux choses distinctes.

Et surtout, elle voit un miroir. Elle comprend qui elle est. Elle comprend son mal-être. Elle veut crier au monde entier « en fait, vous vous trompez tous, je suis une femme », elle veut commencer une transition sociale, elle veut travailler son apparence, sa voix, elle veut pouvoir accéder à des hormones. Alors elle commence à chercher. Elle cherche d’abord tout ce qui a un rapport avec le monde médical : prise d’hormones, quel mode d’administration, où s’en procurer, quels effets, quels effets secondaires, quelles opérations existent, quels sont les risques, les coûts… Alors comme ça, les hormones font pousser les seins, c’est douloureux parfois, entraînent une redistribution de la graisse, font souvent prendre du poids, mais sans forcément faire grossir, ce qui peut faire bizarre, et les poils des jambes redeviennent du duvet, avec une phase transitoire potentiellement étrange (duvet très long), mais ça ne marche pas sur le visage, et ne fait pas disparaître la pomme d’Adam, par contre la prise de bloqueurs de testostérone fait que la calvitie ne survient pas. Il existe une opération de la pomme d’Adam, mais elle est peu efficace et très dangereuse (une légère quinte de toux dans les quelques mois suivant l’opération peut provoquer des lésions, pouvant mener à la perte de la voix, si je me rappelle bien). Elle découvre aussi la vaginoplastie.

Elle plonge dans son passé. Elle revit d’innombrables souvenirs qui s’éclairent de sa nouvelle perception d’elle même. Elle a toujours assumé d’être un garçon très féminisé, au comportement jugé peu viril. Heureusement, cela ne l’a pas exposée à de l’homophobie. Elle s’est retrouvée dans tellement de situations dans lesquelles elle revendiquait de pouvoir faire « comme les filles »… Tout cela lui revient en mémoire et elle met de nouveaux mots sur ce qu’elle a vécu.

Elle en ressort très heureuse. Elle sait que l’année qui suit, quoiqu’il se passe elle change de ville. Elle pourra alors assumer son identité face à ses nouveaux camarades. Il suffit qu’elle obtienne un cispassing suffisant avant la rentrée. Principal obstacle : la voix, trop grave, trop masculine. Elle approfondit ses recherches. Ce n’est pas la hauteur de la voix qui fait qu’elle est perçue comme appartenant à un genre ou à un autre, mais certaines fréquences (cf les travaux d’Aron Arnold dont je n’ai pas vérifié la fiabilité, mais qui ont été ma première approche du sujet). OK, comment on modifie ça ? Par mimétisme. On prend des voix qu’on apprécie et on tente de comprendre ce qui fait qu’on les perçoit comme d’un genre, en comparant avec sa voix notamment, et on travaille. Alors elle commence à écouter beaucoup plus de femmes. Elle s’intéresse encore plus qu’avant aux vidéastes femmes, qu’elle suivait déjà un peu car sous-représentées mais toujours intéressantes. Elle sait que les progrès risquent d’être trop tardifs, mais elle s’en fiche, elle doit essayer.

Pour le moment on est toujours le même soir qu’au début de l’histoire. Elle y a passé la nuit. À partir de maintenant, le récit va être bien plus succinct. Elle en parle à des amis proches sur internet, notamment sur le forum sus-cité. Elle commence à débattre sur l’acceptation des personnes transgenres avec un camarade de classe qui a du mal avec le concept (mais qui n’est pas au courant).

Puis passent les concours. Elle commence alors à se renseigner sur les écoles. Son frère lui conseille TSP, et le programme lui fait très envie, alors elle se dit que c’est une bonne chose. Et elle finit bon gré mal gré, par curiosité, par lire la plaquette alpha, ce qu’elle se refusait à faire pour la plupart des écoles, parce qu’elles ont tendance à parler de soirées et de beuverie, ce qui est peu attirant quand on ne boit pas d’alcool et qu’on n’est jamais allée à une soirée autre que des booms. Elle remarque très vite IN&acT. Elle sait dès ce moment-là quelle association elle veut rejoindre. Elle n’imagine pas que bientôt elle connaîtra les gens qui sont sur la photo.

Le temps passe et le cispassing est plus dur que prévu à acquérir. Entre temps, elle a trouvé une méthode plus concrète pour modifier sa voix, via une vidéo, mais elle a des doutes sur la validité scientifique des propos tenus. Elle n’a pas assez de connaissances en biologie pour déterminer si ce qui est dit est vrai ou si c’est n’importe quoi, et personne n’a su lui répondre. Dans le doute elle essaie, au cas où.

La rentrée est là et ça ne va pas. Son cispassing est inexistant. Alors elle se retrouve à parler de transidentité tout le temps. Pour extérioriser. Pour que l’on comprenne et qu’on lui dise quoi faire. C’était une réaction inappropriée d’une personne en détresse, qui en a énervé plus d’un. Je tiens à m’excuser et à rappeler que je ne suis pas cantonnée à un sujet, j’ai d’autres intérêts dans la vie. C’est juste que chaque seconde de ma vie me rappelle que je n’apparais pas comme la personne que je suis réellement. Chaque fois qu’on m’adresse la parole, qu’on me dit que je suis un mec bien, un mec sympa, un homme grand et fort, un connard, un mec pas intéressant, un mec un peu lourd, un mec un peu limité… bah vous comprenez le problème. Chaque fois qu’on parle de moi en disant « lui », « il »… même chose. En permanence. Tout le temps. Ce n’est la faute de personne, mais ça fait mal. En continu. Surtout quand des personnes au courant le font. Encore plus quand des personnes au courant et concernées le font. Alors oui je passe beaucoup de temps à déprimer, et si ça ne vous plaît pas, bah ignorez moi, avec un peu de chance je finirai par régler ça toute seule.

Vous avez peut-être appris dans cet article que je suis une femme transgenre. Vous vous demandez peut-être pourquoi je mets en ligne sur le site IN&acT, donc assez accessible, cette information. Bah oui, imaginons j’ai un cispassing, et je fais ma transition sociale avant l’année prochaine, bah je pourrai garder cette information cachée pour les 1A, et pour les générations suivantes. Sauf que non. Y’a toute ma promo, plus pas mal de 2A actuels, voire des vieux, qui me connaissent et qui peuvent balancer l’info sans faire exprès ou en faisant exprès, sans penser à mal. Je prends le parti de ne pas m’embêter avec ça, et d’assumer ma transidentité face à tout le campus. Alors non, ça ne veut pas dire que vous pouvez répandre l’information comme il vous plaît, ça veut juste dire que j’assume le fait que les gens n’auront pas besoin de chercher beaucoup pour la trouver.

Alors toi, qui lis cet article, pose toi ces questions : comment en es-tu venu·e à lire cet article, et quel impact cela a-t-il sur toi ? Si tu es là pour mieux me connaître, eh bien n’hésite pas à venir me parler. Si tu es là pour apprendre des choses sur la transidentité, je suis ouverte à toute question, n’hésite pas. Si tu es là pour te moquer ou avec des intentions mauvaises, j’en suis navrée, et j’espère que tu comprendras un jour que ça peut faire mal.

Bisous consentis.

Mad


La transidentité ? Tu es allée trop vite j’ai pas compris.

Voici une introduction à ce concept.

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Mad Écrit par :

Je suis une femme trans et fière de l'être. J'aime parler de tout, mais j'essaie de ne parler que de ce que je connais, et ça se limite souvent à mon vécu. Je suis ouverte à toute forme de dialogue quand je vais bien, alors si vous avez des questions ou envie de débattre, demandez moi.

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